25/04/2008

copié collé en vrac - Philippe Rahmy

le corps de philippe rahmyPhilippe Rahmy, Demeure le corps, Cheyne éditeur, collection Grand Fonds, 62 p. ISBN : 978-2-84116-121-8 // Prix : 14€50. 4ème de couverture :Dans ce deuxième livre, Philippe Rahmy reste fidèle à son entreprise d’écrivain : questionner son corps malade dont l’aventure, loin d’être close sur elle-même, n’est pas sans lien avec les tumultes du monde.Apre et cruel, sont “chant d’exécration”, qui renonce à toute espèce de compassion comme aussi bien à toute complaisance à souffrir, atteint ici, tant la parole dit juste depuis sa violence même, à une densité poétique bouleverse et comble le lecteur.Lisant ce livre, on se dit que si la littérature était toujours aussi libre, autant détachée du souci de paraître, il y aurait moins de raison de désespérer de l’homme et de la souffrance.J.M B.Extrait :Le corps est l’orifice naturel du malheurje n’espère plus quitter cet hôpital, à moins que le soignant qui me chérit le plus ne me brise encore le bassin en me frappant du sien; on ne viole pas deux fois un enfant de verre sans éveiller de soupçonsje choisis la question pour demeurela joie est condamnée, elle qui ne souffre pas; l’agonie suit une pente folle; sa plainte enfouit au fond de toi la note aigüe de la naissance; et le trèfle recouvre l’espace que tu laisses vacantle corps voudrait se rendre invisible au crépuscule qui l’entraîne; mais l’heure n’est pas venue; est-ce le sentiment d’avoir remporté une victoire, ou d’avoir eu de la chance, qui me fait alors sourire et lever une paume vers l’ampouleNotes de lectures :J’ai découvert Philippe Rahmy par ses textes sur remue.net. Ils m’ont surpris tant par leur violence, que par leur non complaisance vis-à-vis de la violence. Des textes violents, sur le corps, le sexe, il y en a pléthore, toutefois, ce qui caractérise son travail n’est pas la fascination, mais une forme de minutie du phrasé, enveloppant la violence, la décrivant minutieusement, comme s’il s’agissait d’un phénomène déterminé à décomposer. Cette première impression, très positive, ne connaissant pas l’auteur, s’est affirmée à la vue de son travail vidéo qui est visible sur le même site : Demeure le corps, qui est un vidéo-livre de 12 mn.Le livre publié par Cheyne éditeur, s’il croise ce travail vidéo, en est cependant distinct. La seule voix qui sera entendue est celle de notre lecture, qui est tout à la fois appelée à s’approprier ce qui est dit à la première personne, et en est exclue, radicalement exclue du fait de l’impossible passage, du point de vue du vécu, entre celui qui a écrit je et celui qui lit en revêtant ce je.“je te hais de préférer ma souffrance à la tienne”Lire, c’est répéter à distance, à la fois pris par l’enchainement des phrases, leur juxtaposition, leur brièveté, et rejeté par celles-ci.Demeure le corps, s’inscrit dans un double jeu : la demeure du corps est vécue en tant que le corps demeure, insiste dans sa durée, dans sa présence de souffrance.Ce chant est l’expérience de cette souffrance, expérience du corps et de la langue qui s’affronte à celle-ci. Cette expérience est faite sans pathos. Je me souviens, il y a quelques années, devant modérer une des premières intervention d’Alexandre Jolien en France, de la saine cruauté qui ressortait de ses paroles, lorsqu’il nous parlait du Métier d’homme. Handicapé depuis sa naissance : il portait avec lui, non pas la demande d’un regard de pitié, mais bien la force d’une conscience aiguë sur sa propre monstruosité.Philippe Rahmy, de même, refusant toute forme de pitié, plonge dans l’inconnaissance de la douleur, pour parler de ce qu’elle apprend comme vie.“Je ne tiens pour vrai que ce qui me mutile”“la douleur est un savoir à l’usage du corps”Ainsi s’il écrit au tout début que “la douleur n’apprend rien”, c’est qu’il refuse la connaissance évidente de la douleur : la compassion, la mise à distance, le larmoiement. La douleur est savoir du corps qui se fait langue, de la souffrance qui ne se distingue plus de la langue.“je ne fais aucune différence entre lui et mes mots”Ce chant — qui est aussi une forme de confession de sa propre intimité — par ce refus de la pitié, affronte le mal avec lucidité, sachant que toute résistance serait vaine. Écrire pour vivre et lutter mais simultanément rejeter la lutte et la plainte comme tromperies de la conscience. C’est que le mal est inguérissable.“j’écris autant contre ce qui m’anéantit que pour faire taire la voix qui résiste à cet anéantissement”Ce chant est témoignage, témoignage de la permanence du corps, à savoir de la maladie. Car en effet, si Canguilhem explique bien dans le Normal et le pathologique que la santé est le silence des organes, Philippe Rahmy s’affrontant au dysfonctionnement total de son organisme du fait de sa maladie, se tient comme l’épicentre d’un brouhaha permanent du corps.Ici c’est un corps qui se présente, et non pas la représentation d’un corps.Ici c’est le corps qui écrit, et nous ne sommes pas face au simulacre d’une écriture qui mime les perturbations du corps.Ces remarques sont très importantes, car elles permettent de mieux saisir son écriture : nulle fioriture, peu métaphorique, plutôt économe, sèche par moment, cruellement lisible en chacun de ses aspects. Il n’y a pas de jeu, car pour jouer il faut être autre par rapport à celui que l’on joue. Philippe Rahmy n’est pas autre, il est ce corps.“le corps est l’orifice naturel du malheur”  

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