04/07/2009

parler du vide et ne rien dire

Sarah Petruziello's  nocturne
l'indicible sort de soi avec les yeux, les oreilles et les mains, mais il se fait entendre.

il assourdit, même.

le vide, on en parle comme d'un mythe, une absence à soi bénéfique et salvatrice. certains disent la foi, d'autres, la reconnaissance, d'autres enfin n'osent la nommer de crainte qu'elle revête son costume de Mort.

le vide.

dire le vide et ne rien dire.

le vide.

faire le vide.

évider.

donner à l'autre une ponction lombaire sous prétexte d'un acte d'amour.

évider.

pousser l'autre dans un retranchement (retrancher) et convertir le fond en ouverture? pourquoi quand on n'aime plus.

la colère n'est pas le vide, donc, la transmettre est une sorte de don de soi. On vide, on se vide, on vide son sac, mais l'autre, en dessous, la mange pour la digérer,
sans notion de rejet, de petite mort, il n'y a pas d'absence et sans absence, on ne sait pas ce qu'on a, ce qu'on est.
Vivre par abstraction ou par soustraction? Vivre par négation? comparaison?

mais trop d'absences fait le leurre d'une autre plénitude, d'une sérénité acquise par le souhait, non par le fait. Quand on a moins, on aurait plus ou comment pratiquer l'ascétisme de l'émotion pour conserver le peu, l'agrandir, le faire vivre plus fort alors qu'il n'est qu'un fond d'eau dans un verre retourné.

ici, le vide est content, l'échec, son goût, ses conséquences, ses abris, ses altitudes, tous sont réunis. chacun y va de sa perception du vide et l'étend, paradoxalement comme un trop plein.

chacun vide et l'autre mange.
le lien au monde passe alors par cette absence de lien, et cette contradiction mathématique me rend terriblement fragile, haletante d'une respiration sans souffle, je suis là, avec les évidences forgées dans la bile, dans l'attente, dans le quotidien, de ceux qu'on sort en étandard quand le reste n'a plus pied... je suis là, et tout autant, je ne suis pas là... je me soustrais à moi mais me sens étouffée. Cage thoraxique concave.

j'attends que le verre se retourne encore et qu'il pleuve dedans et que la pluie fasse geyser et que nageant, lavée, je serai renouvelée,
mais je reste assise, le cul dans les pois de marais. Et là, ça pue du cul.
Le vide a des relens de marécages. Le vide, là, je le vois, il a une couleur, une forme, un élan... le vide, je le sens, je le mange, je l'entends gronder, proche et vaillant.

il y a bien sûr le temps qui prouve que le vide est une farce, mais là, au moment où j'écris là, il y a... non, il n'y a pas de quoi me dire que ce là est ici.

Et dormir n'existe pas.
Et être aimé pour ce qu'on "est" n'existe pas.
Et être vivant pour ce qu'on fait n'existe pas.
Et être bon dans ses failles n'existe pas.
Et être sage quand le monde est pourri n'existe pas.
Et être courageux quand le choix est une négation n'existe pas.
Et être doué de parole dans le silence n'existe pas.
Et vouloir construire une fenêtre avec des briques n'exuste pas.
Et dire jetaime par priorité n'existe pas.
Et donner la morale tant qu'on n'est pas mort n'existe pas.
Et gicler à la face d'un nuage n'existe pas.
Et vivre ici quand on ne croit qu'au là n'existe pas.
Et dire facile quand on ne voit pas le problème n'existe pas.
Et faire quand on est seul n'existe pas.
Et écrire et + un verbe + n'existe pas n'existe pas.
Et le vide n'existe pas, évidemment.
Et Je en tant que début a du mal à suivre.

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